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Tribunes parues dans la presse soutenant le BDS

Tribunes parues en 2010:

 Nehemia Shtrasler : Les boycotts économiques israéliens prennent la vitesse - Septembre 2010

José Luis Moraguès: La portée stratégique de l’Appel BDS Palestinien de 2005 et son impact sur le mouvement international de solidarité

Omar AlSoumi : Le mouvement de solidarité avec la Palestine après la guerre de Gaza: la puissance de la colère - Juin 2010 

Gidéon Lévy : Boycotter les boycotteurs - Haaret'z - 18 mai 2010

Peut-on tout dire pour défendre Israël ? par Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary - 28 Avril 2010

 Michel Warchawski:  "Boycottez l'apartheid israelien" - Texte de soutien à la Campagne BDS - Avril 2010

Tribune de la Campagne BDS France - Le Monde- Mars 2010

Dominique Vidal : Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis - Le Monde Diplomatique, 22 février 2010

Udi Aloni : Pourquoi je soutiens les sanctions contre Israël - Janvier 2010

Michèle Sibony: Un intolérable chantage - Politis - Janvier 2010

Neve Gordon : "Boycottez Israel" - Los Angeles Times - Août 2009


                                

 

Nehemia Shtrasler : Les boycotts économiques israéliens prennent la vitesse - Haaret'z - 5 Septembre 2010

Les sommes en jeu ne sont pas grandes, mais leur signification internationale est énorme. Les boycotts par les gouvernements stimulent des boycotts par des organismes non gouvernementaux autour du monde. 

Toute la semaine a été marquée par des boycotts. Çeci a débuté avec quelques dizaines de gens du théâtre boycottant le nouveau centre culturel d'Ariel, et a continué avec un groupe d'auteurs et d'artistes publiant une déclaration de soutien à ces gens du théâtre. Ensuite, un groupe d'environ 150 enseignants de différentes universités ont annoncé qu'il n'enseignerait pas au collège d'Ariel ni ne prendrait pas à aucun événement culturel dans les territoires [occupés]. Naturellement, tout cela a suscité une rafale de réponses, dont des menaces de contre-sanctions.

 

Tout cela était au niveau local. Il y a un autre boycott, international, qui prend de l'élan -- un boycott économique. La semaine dernière, le parlement chilien a décidé d'adopter le boycott des produits israéliens faits dans les colonies, sur l'injonction de l'Autorité palestinienne, qui a imposé un boycott sur ces produits il y a plusieurs mois.

 

En septembre 2009, le ministre des finances de Norvège a annoncé qu'un grand fonds de pension gouvernemental vendait ses parts dans Elbit Systems à cause du rôle de cette compagnie dans la construction du mur de séparation. En mars, un grand fonds d'investissement suédois a dit qu'il éviterait une participation dans Elbit Systems pour les mêmes raisons. Le mois dernier, le fonds de pension norvégien a annoncé qu'il vendait ses parts dans Africa Israël et dans sa filiale Danya Cebus à cause de leur implication dans la construction de colonies dans les territoires occupés.

 

Les sommes en jeu ne sont pas grandes, mais leur signification internationale est énorme. Les boycotts par les gouvernements stimulent des boycotts par des organismes non gouvernementaux autour du monde.

 

Un nouveau monde

 

Les associations de droits de l'homme en Europe font principalement des campagnes pour boycotter les produits israéliens. Elles manifestent aux supermarchés, en brandissant des panneaux contre les produits israéliens. Des organisations de travailleurs, avec des millions de membres, ont envoyé des circulaires à leurs adhérents les appelant à renoncer aux produits israéliens.

 

J'ai parlé à des agriculteurs qui disent que des chaînes de détail européennes ne sont plus disposées à acheter des produits israéliens. Ceci est aussi vrai d'une chaîne à Washington. Le monde change devant nos yeux. Il y a cinq ans, le mouvement anti-israélien était sans doute marginal. Maintenant, il grandit en un problème économique.

 

Jusqu'à présent, les organisateurs du boycott étaient à l'extrême gauche. Ils ont un nouvel allié : les organisations islamiques qui se sont beaucoup renforcées en Europe ces deux dernières décennies. Le résultat est une alliance rouge et verte ayant une base significative. La face rouge est le champion attitré des droits de l'homme, la face verte a l'argent. Leur union est ce qui a conduit au succès de la flottille turque.

 

Ils notent que le boycott est une arme particulièrement efficace contre Israël parce qu'Israël est un petit pays, dépendant des exportations et des importations. Ils font aussi remarquer le succès du boycott économique contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud.

 

La vague anti israélienne a grandi juste après l'opération Plomb Fondu, quand le monde regardait en direct Israël pilonner Gaza. Aucun appareil de relations publiques au monde ne pourrait expliquer la mort de centaines d'enfants, la destruction de quartiers et la misère noire affectant un peuple sous blocus depuis des années. Il n'était même pas permis de faire venir des vis pour construire des tables d'école. Et puis la flottille est venue, complète avec des militants de la paix connus, qui s'est terminée par neuf morts, ajoutant de l'huile sur le feu.

 

Mais sous-jacente à la colère contre Israël, il y a la déception. Depuis l'établissement de l'État, et avant, nous avons exigé du monde des dispositions spéciales. Nous avons joué avec son sentiment de culpabilité, pour être resté inactif pendant que 6 millions de juifs étaient assassinés.

 

David Ben Gourion nous a appelé ‘une lumière pour les nations’ et nous nous sommes dressés et avons dit que nous, petit David, nous nous tiendrions forts et justes contre le grand méchant Goliath.

 

Le monde a apprécié le message et même, d'après la presse étrangère, nous a permis de développer la bombe atomique pour empêcher un second génocide.

 

Mais l'occupation est venue, qui nous a transformé en méchant Goliath, le cruel oppresseur, une obscurité sur les nations. Et maintenant nous payons le prix de nous présenter comme justes et de décevoir : le boycott.

 

Traduction : JPB

source: 

http://www.haaretz.com/print-edition/business/anti-israel-economic-boycotts-are-gaining-speed-1.312210




 La portée stratégique de l’Appel BDS Palestinien de 2005 et son impact sur le mouvement  international de solidarité

Rien ne serait plus réducteur et dangereux pour le mouvement international de solidarité que de réduire l’appel BDS1 du BNC2 à une simple modalité d’action que serait le boycott. Cet Appel recentre le mouvement de solidarité sur les droits fondamentaux du Peuple Palestinien et ouvre la voie à une action citoyenne directe dans le cadre d’un rapport de force en construction.

1- Un Appel représentatif du peuple Palestinien

Le 9 juillet 2005, est lancé l’Appel au Boycott, aux Sanctions et au Retrait des Investissements, contre Israël. ( Il a été préparé notamment par le PACBI (Campagne Palestinienne pour le Boycott Universitaire et Culturel contre Israël), de nombreuses associations de réfugiés, de « Stop the wall », du PNGO (réseau des ONG Palestiniennes) et compte dès son lancement 171 organisations signataires. Aujourd’hui ce sont plus de 400 organisations Palestiniennes qui ont rejoint l’Appel.

Tous les courants politiques et religieux sont présents ainsi qu’une très grande diversité d’ONG (femmes, prisonniers, jeunes, paysans, salariés etc.) qui confèrent à cet appel une représentation réelle de la société civile palestinienne. Plus important encore est le fait qu’on y trouve les associations des 3 composantes du peuple palestinien : Palestiniens sous occupation et blocus (Cisjordanie et Gaza) ; Palestiniens de 48 (Palestiniens d’Israël) et Palestiniens Réfugiés (de l’intérieur comme de l’extérieur). A ce titre on peut dire que cet Appel est non seulement représentatif de la société civile palestinienne mais qu’il est largement représentatif du Peuple Palestinien dont il représente et rassemble les trois composantes éclatées.

2- Un Appel d’une portée stratégique qui reconstitue l’unité du Peuple Palestinien

L’Appel pose trois revendications : « Ces mesures punitives non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en : • 1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres Arabes et en démantelant le Mur • 2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens Arabo-Palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et • 3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU ».

Par delà une représentativité désormais incontestable, la puissance de l’Appel tient à ce qu’il reconstitue l’unité du peuple Palestinien. Pour cela il transcende les divergences et les divisions qui ont conduit parfois les partis rivaux aux limites de la guerre civile. En reconstituant une unité qui devient le socle à partir desquels s’élaborent les orientations et les choix tactiques l’Appel acquiert toute sa portée stratégique. Il réaffirme que sans la prise en compte des droits fondamentaux des trois composantes du peuple Palestinien (Palestiniens sous occupation, Palestiniens d’Israël et Réfugiés Palestiniens) il ne saurait y avoir de libération ni d’autodétermination véritable. Ceci est martelé dans l’appel qui réitère que ces trois revendications sont indissociables les unes des autres.

Lors de son intervention à Montpellier en octobre 2009 au meeting de la Coalition contre Agrexco, Omar Barghouti déclarait également : Mais si un groupe veut se focaliser uniquement sur l’occupation, pas sur l’apartheid en Israël ou sur les droits des réfugiés, quoi alors ? Les droits inaliénables du peuple de Palestine sont indivisibles et non négociables. Seuls les Palestiniens peuvent décider à quoi nous aspirons et comment nous pouvons exercer notre droit à l’autodétermination. Les mouvements de solidarité choisissent les tactiques qu’ils considèrent comme les plus efficaces et les plus durables dans leur contexte particulier pour nous aider à parvenir à nos droits. »

Malgré les accords d’Oslo et le « processus de paix » et leur tentative d’évacuation de la question des réfugiés, le retour des réfugiés reste une revendication centrale pour les Palestiniens. Même si de nombreux Palestiniens d’Israël sont des réfugiés - déplacés de l’intérieur -, la dénonciation de l’apartheid qu’ils subissent est plus récente. Sait-on que le mouvement contemporain BDS a pris naissance à la suite de la Conférence de Durban (Afrique du Sud) en 2001 ? Pour la première fois le Forum des ONG a considéré Israël comme un état pratiquant l’apartheid, notamment à l’égard des Palestiniens d’Israël. A partir de quoi les ONG du Forum ont considéré qu’il fallait traiter l’apartheid israélien comme on avait traité l’apartheid d’Afrique du Sud et donc appliquer le BDS contre Israël. La question de l’apartheid est importante pour au moins trois raisons :
- D’abord parce qu’elle remet en scène l’existence d’une des trois composantes du peuple palestinien jusqu’ici peu prise en compte : les Palestiniens d’Israël. Ils étaient 160 000 en 1948. Chassés de chez eux pour la plupart ils sont plus 1 500 000 aujourd’hui regroupés dans : Union of Arab Community Based Associations (Ittijah, 74 associations sont signataires de l’Appel).
- Ensuite parce qu’elle révèle la nature raciste de « l’état juif et démocratique d’Israël » qui pratique la discrimination sur des bases ethniques et religieuses à l’encontre de l’ensemble des palestiniens.
- Enfin parce que l’apartheid est un crime contre l’humanité, ce qui dans l’échelle de graduation des violations et des exactions est plus grave que la colonisation. L’article 7 du statut de la Cour Pénale internationale définit l’Apartheid comme « des actes inhumains commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime. » Ce qu’a constaté M. David Bondia, professeur en droit international public et relations internationales à l’Université de Barcelone lors de la session de Barcelone du Tribunal Russel en mars 2010, concernant Israël à l’égard des palestiniens d’Israël et des Palestiniens sous occupation.

Pour toutes ces raisons la dimension stratégique de l’Appel palestinien de 2005 ne saurait être ignorée ni déconnectées des modalités d’action du BDS. C’est elle qui au contraire, devrait orienter les choix tactiques et faire en sorte qu’ils contribuent à renforcer l’unité stratégique des trois composantes du peuple Palestinien. Les actions de boycott n’auraient pas de sens si elles n’étaient pas reliées à la question des droits fondamentaux. Elles tirent leur légitimité de la violation de ces droits en même temps qu’elles sont le moyen pour exiger leur application.

3- Un Appel qui « réinitialise » le mouvement de solidarité sur les droits fondamentaux et sur le terrain de l’action citoyenne directe :
- Après les résultats catastrophiques des accords d’Oslo et des différents pseudo « plans » et « processus de paix », l’Appel invite de fait le mouvement de solidarité à abandonner le marécageux terrain des « processus de paix » et ses « solutions étatiques » pour se repositionner sur celui plus stable des droits fondamentaux et de l’autodétermination. Ainsi de l’avis du BNC la question d’un ou deux états n’est pas à l’ordre du jour, ce qui est déterminant c’est la satisfaction des trois revendications fondamentales pré-citées.

- Face à la complicité des institutions internationales (dont l’union Européenne) L’Appel demande aux sociétés civiles de s’impliquer dans des actions visant directement à sanctionner Israël. C’est un appel à l’action citoyenne directe. Puisque les états, les institutions etc n’appliquent pas le droit, ne sanctionnent pas Israël alors vous devez le faire, dit en substance l’Appel. Durant les quinze dernières années, l’essentiel du travail du mouvement de solidarité a consisté à interpeller les élus, les gouvernements, les instances européenne par des pétitions, des manifestations, des meetings etc. plus proches du lobbying que de la lutte ouverte, sans être inutiles pour autant, ces actions n’ont pas eu beaucoup d’effet sur nos élus et encore moins sur Israël…

D’ores et déjà on peut dire que l’Appel BDS a transformé le mouvement de solidarité. Il ne s’agit plus seulement d’activités destinées à manifester notre mécontentement et exiger des décisions et des mesures de nos représentants en faveur des palestiniens à des milliers de Km, mais il s’agit d’ouvrir ici, dès maintenant, un front de luttes qui vont construire un rapport de force national, européen et international.

Nous ne sommes plus seulement dans une action de solidarité pour les Palestiniens mais nous sommes dans l’action avec les Palestiniens. Gus Mashia lors du stage BDS France d’octobre 2009 disait très justement : « Pour nous, la solidarité internationale c’est la dimension internationale de la solidarité. Cela semble une évidence mais cela ne l’est pas. La solidarité ça n’est pas exotique, ça n’est pas un plus, c’est la continuité avec les actions de solidarité. Donc nous devons arriver à engager dans la campagne de boycott l’ensemble des mouvements de solidarité, là où ils sont, locaux ou nationaux, en leur montrant la continuité entre les formes d’oppression en Palestine et les formes de discrimination chez nous. »

De ce point de vue, la bataille menée par la Coalition contre Agrexco est exemplaire.

José Luis Moraguès Coordinateur national CCIPPP

(Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien)




Omar AlSoumi : Le mouvement de solidarité avec la Palestine après la guerre de Gaza: la puissance de la colère

Le 10 janvier 2009, au pire de la guerre israélienne contre la population palestinienne de la Bande de Gaza, 100 000 personnes manifestaient à Paris et 300 000 dans plus de 120 villes de France pour demander la fin des massacres et du siège, et des sanctions contre Israël1. Impulsée par le Collectif National pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, cette mobilisation historique a permis de faire la jonction entre les militants des mouvements sociaux traditionnels (partis de gauche, syndicats, associations antiracistes et de défense des droits humains) et la masse des citoyens majoritairement issus des quartiers populaires et de l'immigration arabo-musulmane. Au lendemain du cessez-le-feu, qui n'a pas mis fin au blocus de ce champ de ruines surpeuplé, l'enjeu stratégique du mouvement de solidarité avec la Palestine résidait dans la construction d'un cadre unitaire qui offre un débouché politique à la révolte populaire. C'est le rôle essentiel de la campagne BDS, pour le « Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions contre Israël jusqu'à ce qu'il respecte le droit international et les principes universels des droits humains ».

 

Le slogan « Boycott Israël » s'est imposé dans les manifestations avant que les grandes centrales associatives, politiques et syndicales ne l'adoptent, faisant écho d’une part aux appels qui ont circulé dès le début de la deuxième Intifada après la conférence contre le racisme de Durban en 2001, d’autre part à la politique plus ancienne de boycott d’Israël promulguée officiellement par la Ligue Arabe. Les actions de militants de la cause palestinienne appelant au boycott des produits israéliens se sont développées au printemps 2009, rencontrant un large écho sur Internet, catalyseur de ces mobilisations qui se sont focalisées sur la dénonciation de la présence massive dans les rayons de la chaîne d'hypermarchés Carrefour de produits israéliens, souvent issus des colonies illégales implantées dans les territoires palestiniens occupés. Ces vidéos, dont certaines ont été visionnées au total par plusieurs centaines de milliers de personnes, ont permis de mettre à l'ordre du jour de façon pressante la nécessité d'une réponse claire du mouvement de solidarité français à l'appel de la société civile et politique palestinienne, dont la force est d’unir, au-delà des divisions actuelles à la tête des partis dominants en Palestine, l’ensemble des organisations de masse palestiniennes sur des revendications et un programme communs2. Cet appel était en effet resté sans réponse structurée et unitaire jusqu'alors, la plupart des organisations de solidarité ayant préféré travailler au sein des réseaux pour qu'une telle campagne soit lancée une fois atteinte la masse critique nécessaire pour entraîner un effet d’entraînement. En mai, la campagne BDS France est formellement lancée, réunissant le noyau dur des partisans d'une telle campagne sur la base d'un appel et d'une charte proposés par l'Union Générale des Etudiants de Palestine (GUPS France), l'Union Juive Française pour la Paix (UJFP), la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) et Génération Palestine. Une trentaine d'organisations, dont notamment le NPA, Europalestine, le Collectif des Musulmans de France, ont immédiatement rejoint ce cadre commun souple et réactif. Alors qu'actions se multiplient et se diffusent localement, la Campagne BDS France organise ses états-généraux qui réuniront les 14 et 15 octobre plus de 120 délégués, et de diffuser un matériel de campagne déjà fourni : affiches, argumentaires, autocollants, etc.

 

Parallèlement le Collectif National a engagé les débats et les consultations qui aboutiront en septembre à l'adoption d'une plateforme politique commune réunissant les partis politiques situés à gauche du PS (NPA, PCF, les Verts, PG, etc...), la FSU et Solidaires pour les syndicats, ainsi, entre autres, que la LDH et le MRAP3.

 

Près d'un an après ses débuts, la campagne BDS en France est déjà forte d'accomplissements conséquents. Le premier est celui d'avoir mis à l'ordre du jour de façon offensive la question de l'impunité des violations du droit international commises par l'Etat d'Israël. La normalité et la collaboration dont continue de jouir ce régime sont de plus en plus systématiquement remises en question. Alors que l'année 2008, malgré la poursuite du siège et de la colonisation, avait été marquée par une série de célébrations d'Israël, qui fêtait ses 60 ans en oubliant allègrement le sort des Palestiniens spoliés depuis sa création, l'année 2009 a été marquée par la multiplication des échecs des tentatives visant à normaliser rapidement l'image d’Israël après la diffusion en direct sur toutes les télévisions du monde de ses crimes de guerre à Gaza. La participation de représentants d'Israël est régulièrement l'objet de vives interpellations. Diffusées largement, principalement via Internet, ces actions constituent une force de nuisance conséquente, qui contribue à compliquer la tâche des soutiens naïfs ou complices d’Israël. En janvier, le Bataclan refuse pour la première fois depuis 5 ans d'accueillir le gala visant à récolter des fonds pour l'armée israélienne4. En juin, des rumeurs convergentes annoncent le retrait de Veolia du consortium qui participe à la mise en route du tramway qui doit relier les colonies israéliennes à Jérusalem-Ouest5. En octobre 2009, suite à une campagne de protestation impulsée par l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), la société Soda Club, implantée dans une colonie israélienne, s'est vue contrainte de renoncer à participer à la fête des vendanges de Montmartre6.

 

Ces victoires françaises s'ajoutent à celles enregistrées ailleurs dans le monde, Internet permettant de faire de chaque victoire locale un succès pour la campagne globale. En septembre 2009, le fonds de pension du gouvernement norvégien, le troisième mondial, annonce le retrait de ses investissements dans la société Elbit, sous-traitante de l’armée israélienne notamment impliquée dans la construction du Mur. Cette décision entraîne une cascade de décisions du même type chez des investisseurs institutionnels et des banques d’Europe du Nord7. A la même période, des personnalités de premier plan du monde de la culture, dont Eve Ensler, Dan Glover, Jane Fonda, Ken Loach, Naomi Klein, Elia Suleiman, Eyal Sivan, annoncent leur refus de participer au Festival international du film de Toronto qui avait choisi Tel Aviv comme invité d’honneur. Dans la foulée, le gouvernement espagnol annonce l’exclusion de l’université d’Ariel, une des plus grandes colonies israéliennes, d’un concours international d’architecture. En décembre, Tzipi Livni, ministre israélienne des affaires étrangères durant l’opération Plomb Durci, se voit obligée d’annuler sa participation à un gala du Fonds National Juif, le KKL, après que la justice britannique a émis un mandat d’arrêt à son encontre. En mars 2010, le conseil étudiant de Berkeley adopte une résolution demandant le retrait des investissements de l’université des entreprises américaines General Electric et United Technologies, impliquées dans la fourniture de matériel militaire à Israël. A cela s’ajoute la série des rapports d’ONG et institutions internationales demandant des sanctions contre les violations du droit commises par Israël, et l’adoption par un nombre croissant de syndicats de motions de soutien à la campagne BDS. Et le Conseil des Droits de l’Homme et l’Assemblée Générale des Nations-Unies ont entériné les recommandations du rapport Goldstone qui accuse notamment Israël d’avoir commis des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.

 

Israël et ses soutiens inconditionnels sont dans une position inédite. Habitués à jouer du rapport de force pour stigmatiser toute expression de solidarité avec le peuple palestinien, ils se retrouvent en position d’accusés. Les ambassades israéliennes et leurs relais s’activent pour contrer les victoires de la campagne BDS, mais le ministère des Affaires Etrangères israélien peine à assurer la coordination de la réponse à cette campagne globale, horizontale et populaire. Le think tank israélien Reut Institute émet en mars 2010 un rapport de 92 pages sur la stratégie de réponse à la campagne BDS. Soumis à la conférence stratégique annuelle de Herzliya, qui rassemble le gratin des décideurs amis d’Israël, le rapport analyse la campagne comme une menace stratégique majeure pour la légitimité du régime sioniste. En effet, elle permet d’articuler d’une part un mouvement de solidarité internationale large, composé d’organisations de gauche radicale et de la communauté musulmane aussi bien que d’ONG et de syndicats mainstream, et d’autre part les mouvements de résistance qui se développent au Moyen-Orient. Ce rapport fait suite au Global Forum for Combatting Antisemitism qui s’est tenu à Jérusalem en décembre, en présence de nombreux ministres et responsables politiques israéliens et internationaux. L’Institut Reut demande la création dans les services de renseignement israéliens d’une unité spéciale de suivi de la campagne. Les responsables du forum insistent pour que le gouvernement israélien affecte davantage de ressources à la coordination de la lutte contre la campagne BDS.

 

Il est clair aujourd’hui que la campagne BDS se trouve, tant en France qu’au niveau international à une étape charnière. Alors même qu’elle doit encore relever le défi de l’élargissement, elle fait face à une vague de répression qui menace de s’intensifier. La répression a commencé en Palestine, où des coordinateurs de la campagne ont été emprisonnés par les autorités israéliennes et les bureaux de la campagne Stop the Wall perquisitionnés et saccagés par les forces d’occupation israéliennes8. En France, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) a été vivement interpellé par ses sympathisants pour intensifier ses efforts9. Il a d’abord mobilisé ses amis les plus proches, comme par exemple le député UMP Eric Raoult, qui interpelle dès mai 2009 Michèle Alliot-Marie et le gouvernement français sur la nécessité d’une réponse aux actions de boycott. La ministre de l’intérieur d’alors répond : « ces opérations, il faut bien le préciser, touchent des produits importés d'Israël et non des produits casher. Ils sont signalés par des étiquettes qui leur sont apposées, quand il s'agit de fruits ou de légumes, ou par des tracts distribués aux clients. […] Il est évident que, si des plaintes précises étaient déposées ou si des infractions pénales étaient constituées, des poursuites auraient lieu. Mais, à ce jour, je dois vous préciser qu'aucune plainte n'a été déposée, ni par des grandes surfaces, ni par des associations. »10. Dont acte : Sammy Ghozlan, président du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme, et Gilles-William Goldnadel, les très droitier président de l’association France-Israël et d’Avocats sans frontières, nouvellement élu au comité directeur du CRIF, prennent les devants et multiplient les plaintes. Le CRIF fait de la lutte contre la campagne BDS sa priorité. Avec l’aide de l’ambassade d’Israël, il obtient du gouvernement français la garantie de son implication. Quitte à mentir. Au dîner du CRIF en février, François Fillon dénonce le « scandaleux boycott des produits cashers ou israéliens ». Michèle Alliot-Marie, passée au ministère de la justice, multiplie les circulaires requérant la plus grande fermeté contre ceux qui appellent au boycott11. La première à en faire les frais sera une militante bordelaise de la LDH, Sakina Arnaud. Alors qu’elle est initialement poursuivie par Carrefour pour « dégradation légère » après avoir apposé des autocollants sur une bouteille de jus « made in Israel », le parquet requalifie toutefois la plainte en « incitation à la discrimination raciale, nationale et religieuse ». Sur cette nouvelle base, le tribunal de Bordeaux la condamne, le 13 février, à une amende pénale de 1 000 euros, sans compter les frais de justice12. La Ligue des Droits de l’Homme dénonce « une condamnation sidérante », mais annonce dans la foulée son retrait de la campagne, affirmant son hostilité au mot d’ordre de boycott général.

 

Pourtant, le consensus large obtenu au sein du Collectif National résidait sur une ambigüité constructive, qui permettait justement de mettre d’accord les tenants d’un boycott de l’ensemble des produits israéliens et ceux souhaitant un ciblage spécifique des produits des colonies. Les premiers soutiennent que le but de la campagne est de faire pression sur le régime sioniste, l’appel palestinien précisant que la campagne vise aussi à mettre fin à l’exil forcé des réfugiés palestiniens et aux discriminations dont sont victimes les Palestiniens citoyens d’Israël. Les seconds sont souvent réticents à une remise en cause frontale de la légitimité de ce régime, et préfèrent se focaliser sur les violations des droits humains liées à l’occupation et à la colonisation par l’Etat d’Israël. Mais ce clivage politique s’estompe quand on considère les enjeux pratiques. Il est impossible dans un très grand nombre de cas de faire la différence entre les produits des colonies et les autres produits israéliens. Israël refuse de distinguer entre les uns et les autres. De ce fait, Israël est responsable d’une fraude massive à l’origine, qui lui permet de tirer un bénéfice supplémentaire des accords commerciaux entre l’Union Européenne et Israël. Tant qu’Israël refusera d’accepter la ligne verte comme frontière il ne respectera pas les normes les plus élémentaires de traçabilité. Et tant que les consommateurs ne pourront faire la différence entre les produits de la colonisation et les autres, l’appel au boycott de l’ensemble des produits israéliens s’imposera. Et bénéficiera de la légitimité offerte par la Cour Européenne de Justice13 qui affirme dans un arrêt du 25 février 2010 que les produits des colonies ne peuvent légalement prétendre aux exonérations de taxes douanières permises par les accords UE/Israël.

 

De ce fait, et grâce à l’importante mobilisation des militants du Languedoc-Roussillon, la compagnie israélienne Agrexco-Carmel pourrait émerger comme la cible privilégiée de la campagne BDS en France. Cette entreprise détenue à 50% par l’Etat israélien, exporte, selon le site whoprofits.org de la coalition israélienne des femmes pour la paix, 60 à 70% des produits agricoles des colonies israéliennes illégalement implantées dans les territoires palestiniens occupés. Et c’est à cette entreprise que Georges Frêche, réélu confortablement à la présidence de la région en mars 2010, souhaite vouer un nouveau terminal portuaire à Sète, projet dont le coût est estimé à 200 millions d’euros. Une coalition de 93 organisations s’est ralliée à l’appel contre ce projet14. L’appel s’inscrit non seulement dans une démarche de solidarité avec le peuple palestinien, mais aussi dans une lutte pour un commerce respectueux de l’éthique et contre une mondialisation fondée sur le déni des droits. Et Agrexco-Carmel semble en bonne voie de devenir au boycott d’Israël ce que les oranges Outspan ont été à l’Afrique du Sud de l’Apartheid. Outre l’opposition au projet de Georges Frêche, les produits d’Agrexco sont une cible privilégiée des actions visant les grandes surfaces. Rencontrés à ce sujet par des représentants associatifs et syndicaux, les responsables du secrétariat d’Etat au commerce ainsi que de la chaîne d’hypermarchés Carrefour sont bien embarrassés devant les arguments juridiques qui sous-tendent la campagne BDS. La FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme), partenaire de Carrefour, et dont le vice-président n’est autre que Raji Sourani, le directeur du Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme de Gaza, pourrait jouer un rôle pivot pour obtenir ce qui serait une victoire historique : la fin de la commercialisation des produits d’Agrexco-Carmel tant que cette entreprise participe à la colonisation en Palestine.

 

La répression qui s’annonce pose de façon d’autant plus aigüe la nécessité de l’élargissement de la Campagne, ce qui implique clairement une capacité à définir des cibles stratégiques consensuelles. Dans ces périodes critiques, la tentation d’un activisme autocentré est dure à dépasser, de même que la frilosité des grandes organisations dominantes. Il s’agit pourtant d’une nécessité, non seulement pour la Palestine, mais aussi pour la France, si l’on souhaite que cette campagne offre l’espace d’une rencontre fertile entre les organisations associatives, syndicales et politiques, et les citoyens des quartiers populaires qu’elles ont longtemps abandonnés.

1 La préfecture de police compte alors 120 000 manifestants dans plus de 120 villes, cf Plus de 120 000 manifestants dans toute la France contre la guerre à Gaza, LEMONDE.FR avec AFP, 10 janvier 2009. Ils étaient en fait plus de 300 000 selon le décompte fait sur le site www.urgence-gaza.com par les organisateurs.

2. Cet appel s'inspirant des campagnes victorieuses contre le régime de l'Apartheid en Afrique du Sud, a été lancé par 170 organisations palestiniennes, à l'occasion du Forum Social Mondial le 9 juillet 2005, un an jour pour jour après l'arrêt de la Cour Internationale de Justice condamnant le Mur de l'Apartheid construit par Israël dans les territoires palestiniens occupés. Voir texte de l'appel et liste des signataires sur www.bds-movement.net

4. Sur Internet, une vidéo menaçante. Le Parisien, 7 janvier 2009.

5. Jerusalem rail operator jumps ship, Tel Aviv group isn't even responding, Haaretz, 9 juin 2009.

7 Scandinavian financial institutions drop Elbit due to BDS pressure, Adri Nieuwhof, The Electronic Intifada, 19 February 2010

8 Stop the Wall offices hit in late night raid, 8 février 2010, www.stopthewall.org

9 En octobre 2010, le CRIF publie un communiqué pour se justifier auprès de ses sympathisants : Boycott contre Israël : que fait le CRIF ? 12 octobre 2009, www.crif.fr

12 Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis, Dominique Vidal, 22 février 2010, www.monde-diplomatique.fr

13 Europe's highest court rejects preferential EU treatment for products made in Israeli-occupied Palestinian territory, Daily Star Lebanon, Christopher Lund, 18 mars 2010

http://www.coalitioncontreagrexco.com/spip.php?rubrique13



Boycotter les boycotteurs - Gidéon Levy - 18 mai 2010

Alors qu’il est admis que le boycott de l’Afrique du Sud a entraîné la chute du régime, ici, en Israël on considère que comparer les deux situations n’a absolument aucun sens.

La plupart des gens ici sont horrifiés à l’idée que qui que ce soit à l’étranger puisse envisager de boycotter leur pays, leurs produits et leurs universités. On considère en effet en Israël que les boycotts sont illégitimes. Celui qui appelle au boycott est considéré comme un antisémite, quelqu’un qui déteste Israël et qui remet en question le droit à l’existence du pays.

En Israël même, ceux qui appellent au boycott sont traités de traîtres et d’hérétiques. L’idée qu’un boycott, même partiel, puisse convaincre Israël de changer de politique - pour son propre bien- n’est pas tolérable ici.

Même une démarche logique et évidente - comme le boycott de l’Autorité Palestinienne des produits fabriqués dans les colonies- est considéré comme une provocation par les Israéliens hypocrites. De plus alors qu’il est admis que le boycott de l’Afrique du Sud a entraîné la chute du régime, ici, en Israël, on considère que c’est ridicule de comparer les deux situations.

On pourrait à la rigueur comprendre ces réactions intransigeantes si Israël n’était pas lui-même un des plus actifs boycotteurs de la planète. Non seulement il boycotte, mais il enjoint, et parfois même force d’autres pays à faire de même. Israël a imposé un boycott culturel, académique, politique, économique et militaire aux territoires occupés. Presque personne ne conteste la légitimité de ce boycott. Mais boycotter le boycotteur ? Ca c’est inconcevable.

Le boycott le plus brutal et le plus net est bien sur le siège de Gaza et le boycott du Hamas. A l’injonction d’Israël presque tous les pays occidentaux se sont ralliés au boycott avec un empressement inexplicable. Ce n’est pas seulement un siège qui a maintenu Gaza dans l’indigence ces trois dernières années, non c’est en fait un total (et ridicule) boycott du Hamas excepté pour les pourparlers pour libérer le soldat Gilad Shalit. C’est toute une série de boycotts culturels, académiques, humanitaires et économiques. Israël fait pression sur presque tous les diplomates pour les empêcher d’aller se rendre compte sur place de la situation à Gaza.

De plus Israël interdit l’entrée de Gaza à l’aide humanitaire. Il faut noter que le boycott ne concerne pas seulement le Hamas, mais s’étend à tout Gaza et à tous ceux qui y vivent. Un convoi de navires va bientôt se rendre d’Europe à Gaza pour essayer de briser le siège et apporter des tonnes de matériel de construction, des maisons préfabriquées, et des médicaments. Israël a annoncé qu’il projetait d’arrêter les navires. Un boycott est un boycott.

Docteurs, professeurs, artistes, juristes, intellectuels, économistes, ingénieurs, personne n’est autorisé à entrer à Gaza. C’est un boycott absolu qui porte la mention "made in Israël". Ceux qui disent que les boycotts sont immoraux et inefficaces boycottent Gaza sans hésitation.

Israël essaie aussi de convaincre le monde entier de boycotter l’Iran. Mais la folie du boycott ne concerne pas seulement Gaza et l’Iran, elle affecte aussi tous ceux qui arrivent en Israël ou en Cisjordanie. Si quelqu’un est soupçonné de sympathie envers les Palestiniens ou s’il parait se soucier de leur sort alors il est boycotté et expulsé. Parmi eux, un clown venu organiser un festival, un militant pour la paix qui devait participer à un colloque, des scientifiques, des artistes, des intellectuels qui ont été soupçonnées de soutenir la cause palestinienne. C’est un boycott culturel et académique tous azimut, exactement le type de boycott que nous refusons de subir.

Mais la liste des boycotts que le pays anti-boycott effectue ne s’arrête pas là. Même un organisme comme J Street, qui se dit pro-israélien, a senti peser sur lui la menace du boycott israélien. Nous, nous avons le droit de boycotter J Street qui milite pour la paix, mais nous ne supportons pas qu’on boycott nos produits en provenance des colonies qui ont été construites sur de la terre volée.

Refuser l’entrée d’un professeur qui veut se rendre à une université de Gaza ne s’appelle pas du boycott, mais rompre ses liens avec des institutions israéliennes spécialisées dans la formation rapide de d’officier de l’armée et d’experts en interrogatoires des services de sécurité du Shin Bet (des gens qui sont souvent considérés dans le monde entier comme des complices de crimes de guerre) est verboten.

Oui, un Israélien qui vit en Israël aura du mal à défendre les vertus d’un boycott interne auprès d’une personne qui ne boycotte pas son propre pays ou sa propre université. Mais il a le droit de croire qu’un boycott pourrait forcer son gouvernement a mettre fin à l’occupation. Tant que cela ne coûte rien aux Israéliens il n’y aura pas de changement.

C’est une attitude morale et légitime. Elle n’est pas moins morale ou légitime que celle de ceux qui affirment que le boycott est un outil immoral et inefficace tout en s’en servant contre d’autres. Vous êtes contre le boycott d’Israël ? Alors cessons de boycotter les autres.

  • Source: http://www.protection-palestine.org/spip.php?article8831



  •    Peut-on tout dire pour défendre Israël ? par Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary
    LEMONDE.FR | 27.04.10 | 18h53  •  Mis à jour le 28.04.10 | 11h23

     
    Eric Marty s'interroge, dans une tribune publiée le 21 avril sur Le Monde.fr : "Le boycott d'Israël est-il de gauche ?".    Ce qui semble être une critique de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissements-Sanctions) contre Israël excède en réalité largement son objet, et redéfinit les termes du conflit opposant Israël aux Palestiniens.  L'argumentaire de M. Marty est aussi spécieux qu'original, et mérite un petit exercice de "sociologie littérale".

     

    L'hostilité à Israël serait le produit d'une "propagande antisémite systématique" dans les pays musulmans et d'un "flot paranoïaque d'imputations criminelles".  L'antisémitisme existe et nous le combattons, ainsi que l'instrumentalisation de la cause palestinienne par des adeptes de la théorie du "complot juif".  Mais nous combattons avec la même vigueur l'amalgame entre antisémitisme et critique d'Israël.  Comment M. Marty interprète-t-il la récente enquête de la BBC, conduite dans 28 pays, dans laquelle seuls 19% des sondés apprécient positivement l'influence d'Israël ?    Une opinion mondiale otage de la propagande antisémite ou une critique partagée de la politique d'Israël ?

    M. Marty affaiblit la lutte contre l'antisémitisme en développant lui aussi une logique du "complot" et en défendant trois des aspects les plus contestés de la politique israélienne : la construction du mur, l'attitude de l'armée à Gaza lors de l'opération "Plomb durci", la situation des Palestiniens d'Israël.

    "Il n'est pas vrai que la barrière, ou le mur, de séparation relève d'une politique de discrimination".   M. Marty balaie allègrement les avis d'Amnesty International, de la Croix-Rouge ou de l'ONG israélienne B'tselem.  Il fait en outre peu de cas de l'avis de la Cour internationale de justice (juillet 2004), qui qualifiait le mur de "violation du droit international" et demandait à Israël de le "démanteler immédiatement".   Selon le dernier rapport de l'ONU, le mur serpentera sur 709 km, alors que la ligne verte n'en mesure que 320.   Par endroit, il pénètre de 22 km en Cisjordanie (large de 50 km).  10% du territoire palestinien est annexé de facto à Israël, dont 17 000 ha de terres auxquelles les paysans ne peuvent quasiment plus accéder.   Pour la seule partie nord de la Cisjordanie, 220 000 villageois sont affectés.

    M. Marty envisage qu'il y ait eu des crimes de guerre à Gaza, mais c'est, ajoute-t-il, parce que "la guerre est criminelle".   Le droit international est plus exigeant, affirmant un principe que M. Marty écarte avec légèreté : tout n'est pas permis lorsque l'on fait la guerre.

    Or, les témoignages et rapports d'ONG le confirment : Israël a enfreint le droit de la guerre en déversant des bombes au phosphore blanc (considérées, y compris par les Etats-Unis, comme des armes chimiques) sur des zones densément peuplées, en empêchant le personnel médical de secourir de nombreux blessés ou en utilisant des boucliers humains.   Les témoignages de soldats recueillis par l'ONG israélienne Breaking the Silence sont, à ce titre, éloquents.   De surcroît, Israël, avec la complicité de l'Egypte, a bouclé la minuscule bande de Gaza (360 km2), empêchant les civils de fuir un déluge de fer et de feu.  En violation totale du droit de la guerre, le blocus se poursuit, empêchant la reconstruction et aggravant les conditions sanitaires.

    Il est dès lors indécent de vanter l'humanité de l'armée israélienne pour mieux décrier le Hamas qui aurait "sciemment exposé les populations civiles en s'abritant derrière elles".   Souvenons-nous que la même accusation fut portée contre le FLN algérien et le FNL vietnamien.   Argument commode qui rend le Hamas responsable des morts israéliens et palestiniens, et occulte les chiffres gênants de l'opération "Plomb durci" : plus de 1 400 morts côté palestinien et 13 morts côté israélien (dont quatre tués par des "tirs amis").

    Enfin, M. Marty affirme que les Palestiniens d'Israël (1/5e de la population) ne sont pas victimes de discriminations institutionnelles, mais sujets à des "inégalités conjoncturelles", contredisant un rapport du Département d'Etat états-unien, daté de 2009, qui affirme que "les citoyens arabes d'Israël continuent de souffrir de formes variées de discriminations".   Ainsi, les dispositions sur le regroupement familial interdisent aux Israéliens d'être rejoints par leur conjoint si ce dernier est palestinien : dans un Etat au sein duquel un mariage entre un juif et non-juif ne peut être célébré, une telle loi n'est-elle pas par nature discriminatoire ?   Et que penser du fait que 13 % des "Terres d'Etat", gérées par le Fonds National Juif, ne puissent être cédées qu'à des juifs ?

    Israël a choisi un drapeau orné d'une étoile de David, un chandelier pour emblème et un hymne national qui débute par "Aussi longtemps qu'en nos cœurs/Vibrera l'âme juive" :  les Palestiniens d'Israël, qui sont nés sur cette terre (avant même la création d'Israël pour les plus âgés) ont-ils le droit de penser que le choix de ces "symboles nationaux" indique qu'ils ne sont pas considérés comme des Israéliens à part entière, et de revendiquer qu'Israël soit une démocratie réelle, "un Etat de tous ses citoyens" ?   Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères israélien, a son avis sur la question : "S'il y a conflit entre les valeurs universelles et les valeurs juives, ce sont ces dernières qui priment."

    Alors non, on ne peut pas dire n'importe quoi pour défendre Israël.   C'est au contraire un mauvais service à rendre aux Israéliens que de flatter une paranoïa entretenue par leurs dirigeants pour justifier leur fuite en avant.

    La menace de "l'anéantissement physique", premier et ultime argument de M. Marty, est l'expression la plus aboutie de cette paranoïa.   Rappelons qu'Israël est la 1ère puissance militaire du Moyen-Orient, la seule à détenir l'arme nucléaire et donc à avoir la capacité réelle d'anéantir un autre Etat. Dans le cas palestinien, l'argument frôle le ridicule : les Palestiniens ne possèdent ni armée, ni avions, ni tanks.   La probabilité que le Hamas "anéantisse physiquement" l'Etat d'Israël est aussi élevée que celle de voir l'armée luxembourgeoise prendre le contrôle de Paris.

    L'instrumentalisation de la mauvaise conscience occidentale envers un anéantissement réel passé (la Shoah) sert en fait à blanchir Israël.  Ce qui inquiète réellement M. Marty est sans doute l'épuisement de cette argumentation, qui se concrétise dans la montée des critiques d'Israël.  Et, ne lui en déplaise, ce qui est dénoncé n'est pas le  "manque de vision" de B. Netanyahu, mais une politique conduite dans la durée par des gouvernements tant de "gauche" que de "droite", du "centre" ou d'"union nationale".   Une politique qui nourrit l'antisémitisme, quand l'Etat qui la mène affirme le faire au nom des juifs.

    "Je me suis rendu dans les territoires palestiniens occupés et j'ai vu une ségrégation raciale [au niveau] des routes et du logement, qui m'a rappelé avec force les conditions que nous avons connues en Afrique du Sud à l'époque du système raciste de l'Apartheid".   Ces mots ont été écrits il y a trois semaines par l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix en 1984.  Chacun devrait les entendre.  A moins de vouloir ajouter la surdité à l'aveuglement.

     

    Julien Salingue est enseignant et doctorant en science politique à l'université Paris VIII, Nicolas Dot-Pouillard est chercheur en sociologie politique au European University Institute de Florence, et Catherine Samary est maître de conférences en économie à l'université Paris-Dauphine et à l'Institut d'études européennes de Paris VIII

    source: http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/27/peut-on-tout-dire-pour-defendre-israel-par-julien-salingue-nicolas-dot-pouillard-et-catherine-samary_1343645_3232.html

     

    --

     

    Michel Warchawski: Boycottez l'apartheid israelien

    Après la victoire sur l'hitlérisme, la communauté internationale s'est dotée d'un code pénal international, partant du principe que dès lors qu'il y avait crimes de guerre et crimes contre l'humanité, les Etats ne pouvaient se prévaloir du principe de souveraineté nationale, et que la communauté internationale dans son ensemble était responsable de l'application du droit là ou un Etat était responsable de crimes de ce genre. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, les Conventions de Genève, et, au cours des années cinquante à quatre-
    vingt-dix, des dizaines de résolutions votées par l'Assemblée Générale des Nations Unies légiférant le Droit et les droits fondamentaux ont marqué un grand pas en avant de l'Humanité dans la codification des libertés individuelles et collectives.

     
    La communauté internationale a même reconnu son devoir d'ingérence pour mettre fin à des violations graves du droit international.

    L'apartheid ayant été reconnu comme illégal, cette même communauté
    internationale avait pris la décision de sanctionner le régime de Pretoria, et de mettre en oeuvre une pratique de boycott contre l'Afrique du Sud, ainsi que contre ses compagnies financières et commerciales et ses institutions civiles.
    L'Etat dIsraël viole systématiquement les normes impératives du droit
    international ainsi que des dizaines de résolutions des Nations Unies y compris les quelques rares résolutions du Conseil de Sécurité ayant été épargnées par le veto états-unien, et ce depuis sa création. Il suffit de mentionner les résolutions concernant le droit au retour des refugiés, expulsés entre 1947 et 1949.

    Si la communauté internationale était régie par le droit international, il y a des décennies que l'Etat dIsraël aurait été sanctionné pour ses innombrables atteintes à ce droit. Le problème étant, évidemment, que l'application de ce droit est à géométrie variable, fonction des rapports de forces internationaux : on sanctionne l'Iraq pour son invasion du Koweit, on ne sanctionne pas Israël pour sa politique coloniale.

    Il y a quelques mois, la commission internationale mise en place par les Nations Unies et dirigée par le juge Goldstone pour enquêter sur d'éventuels crimes de guerre commis par larmée israélienne dans la Bande de Gaza, a soumis ses conclusions au Secrétaire Général des Nations Unies, et celles-ci sont d'une gravité extrême. De nombreux crimes de guerre ont été commis a Gaza, voire, des crimes contre l'humanité, a conclu la commission Goldstone, recommandant des sanctions et l'ouverture de procédures légales contre les dirigeants israéliens et les chefs militaires impliqués dans lagression de la Bande de Gaza.
    Pourtant, malgré la gravité des crimes et en dépit de l'émotion internationale face aux images intenables retransmises par les médias à travers le monde entier, il est peu vraisemblable que l'Etat dIsraël et ses dirigeants soient sanctionnés pour leurs crimes. Doù l'importance d'une mobilisation citoyenne autour de lappel BDS lancé il y a cinq ans déjà par l'ensemble des mouvements sociaux et politiques palestiniens. Inspiré par le précédent sud-africain, cet appel exige des sanctions politiques et économiques contre Israël (S) tant que celui-ci refuse de respecter les normes du droit international, des mesures de désinvestissement de compagnies israéliennes ou liées à la politique coloniale israélienne (D) et un boycott (B) citoyen accompagné d'une campagne politique exigeant de la communauté internationale qu'elle prenne ses responsabilités pour faire appliquer le droit.

    La campagne BDS a fait un bond en avant à la suite des massacres de Gaza et peut dores et déjà inscrire à son palmarès plusieurs victoires significatives, la dernière en date étant la décision du Sénat des étudiants de lUniversité de Berkeley d'exiger le retrait de fonds de l'université investis dans des capitaux de compagnies liées à l'occupation israélienne.
    A cette étape, l'efficacité de la campagne ne doit pas encore se mesurer en termes de dommages économiques, qui sont encore limités, mais de l'impact sur les opinions publiques. Opinion publique internationale qui commence à se libérer de tabous liés à l'Etat Juif et exige de plus en plus que soit mis fin à son impunité. Opinion publique israélienne aussi qui commence à ressentir les effets de la campagne BDS, et à être gênée par une mise au ban de plus en plus visible à travers le monde. Même l'Autorité Palestinienne, qui, pendant troplongtemps, semblait indifférente à cette campagne vient de prendre des mesures, certes limitées, de boycott envers des produits israéliens.
    Confrontée à l'infamante accusation d'antisémitisme, la campagne BDS peut s'appuyer sur « Boycott de l'Intérieur », rassemblement de militantes et militants israéliens visant à soutenir, de l'intérieur de la société israélienne, les initiatives de boycott et de sanctions, en affirmant clairement que ce n'est qu'avec de fortes pressions internationales que l'opinion publique israélienne pourra prendre conscience des méfaits de la colonisation et de l'occupation militaire.

    Il a fallu deux décennies avant que la campagne de boycott contre l'apartheid en Afrique du Sud ait pu se targuer de résultats tangibles.  Au vu des succès déjà obtenus, nous pouvons affirmer sans risque que le boycott du régime d'apartheid israélien pourra crier victoire bien avant 2025.
    Michel Warschawski, Alternative Information Center, Jérusalem


    "'Boycott, désinvestissement, sanctions', une campagne pour la justice", par Ivar Ekeland, Annick Coupé, Nahla Chahal et Michèle Sibony

    LEMONDE.FR | 31.03.10 | 17h54

    our la Campagne Boycott désinvestissement danctions (BDS) à l'égard d'Israël, l'heure est semble-t-il en France à la criminalisation et aux attaques diffamatoires. La tribune publiée par Me Michaël Ghnassia sur Le Monde.frdu 24 mars n'en est qu'un exemple. La rhétorique déployée par ce dernier renvoie un geste citoyen pour obtenir l'application du droit international, le boycott, à une "hérésie morale". Le boycott a pourtant une histoire en forme d'arme des sans-armes, que Me Ghnassia semble bien oublier : boycott des bus de Montgomery en 1955 à l'appel de Martin Luther King, boycott de l'Afrique du Sud contre l'apartheid à la fin des années 1970… A une échelle plus modeste, en janvier 2001, des ouvriers de Calais et Ris-Orangis menacés de licenciements appelaient à boycotter leur propre compagnie, Danone.

    Aujourd'hui, la Campagne internationale BDS, dont des dizaines d'associations, de syndicats et de partis politiques sont signataires, relaie l'appel de la société civile palestinienne lancé en 2005, enjoignant aux "hommes et femmes de conscience du monde entier [d']imposer de larges boycotts et [de] mettre en application des initiatives de retrait d'investissements contre Israël tels que ceux appliqués à l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid". Un appel repris depuis en France et dans le monde, et qui s'inscrit d'abord dans un contexte politique dont Me Ghnassia ne saurait ignorer les derniers développements les plus tragiques : lorsqu'Israël proclame il y a trois semaines la construction de 1 600 logements supplémentaires à Jérusalem-Est, continuant ainsi à coloniser et à expulser des familles palestiniennes, il s'agit d'une violation totale de la résolution onusienne 242. Le rapport de la commission Goldstone, accusant Israël de "crimes de guerre" et de possibles "crimes contre l'humanité" lors de la guerre contre Gaza en janvier 2009, et qui a fait plus de 1 400 morts palestiniens, a été adopté par le Conseil des droits de l'homme et l'Assemblée générale de l'ONU, sans que pourtant rien ne soit fait par les grandes institutions internationales pour mettre fin au blocus imposé à l'ensemble de la bande de Gaza.
    Or toute l'essence et l'éthique de la Campagne BDS se situe à ce point précis : à l'heure où ni la communauté internationale, ni l'Union européenne et encore moins la France, ne jouent leurs rôles dans l'application des résolutions internationales votées par l'ONU, il s'agit bien de construire un mouvement citoyen, "par le bas", exerçant des pressions économiques et politiques sur Israël afin qu'il applique les résolutions votées par les Nations unies. C'est cela, la Campagne BDS, et rien que cela : l'exigence du droit, et de tout le droit, à l'heure où les puissances internationales abandonnent justement ces "sans-droits" que sont aujourd'hui les Palestiniens.


    Michaël Ghnassia écrit à juste titre que "la justice des hommes s'est construite sur ce principe de la responsabilité individuelle, qui est aujourd'hui un droit fondamental à valeur constitutionnelle, consacré par la Déclaration des droits de l'homme et l'ensemble des conventions internationales". Or c'est justement à cette notion de responsabilité individuelle que nous appelons. Responsabilité individuelle de citoyens, qui s'interrogent sur les Accords d'associations entre Israël et l'Union européenne qui ne valent, comme l'indique leur article 2, que si Israël "respecte les droits de l'homme". Responsabilité de consommateurs également : lorsque l'entreprise israélienne Agrexco/Carmel, exportant fleurs, fruits et légumes, compte s'installer dans le port de Sète, nous sommes en droit de dénoncer le fait que cette entreprise exporte 70 % des productions des colonies israéliennes installées dans les territoires de Cisjordanie (en toute illégalité, selon les normes du droit international), et de refuser d'en consommer les produits.


    Me Michaël Ghnassia écrit encore que "l'objet de cette campagne-propagande n'a finalement pour but que de réduire une nation, composée d'individus aux opinions et aux engagements aussi différents que ceux qui peuvent exister en France, en un unique ennemi désincarné et sans humanité : l''Israélien' ou le 'sioniste'". Or, faut-il aussi le rappeler, la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions, lancée à l'initiative d'acteurs politiques, syndicaux et associatifs palestiniens, a été reprise et soutenue en Israël même par des mouvements pacifistes et anticolonialistes israéliens, qui, comme la Coalition des femmes pour la paix alimente depuis quelques années un site nommé "A qui profite l'occupation" (Who Profit from the Occupation?), permet de cibler les entreprises israéliennes et étrangères impliquées dans la colonisation. C'est cela qu'omet de dire Me Michaël Ghnassia : la Campagne BDS n'a justement aucune couleur confessionnelle. Elle s'étend de la société civile palestinienne aux mouvements anticolonialistes israéliens, des syndicats britanniques au Conseil des étudiants de Berkeley (Californie) demandant à leur université de se désinvestir de sociétés américaines impliquées dans la fabrication d'armes israéliennes. C'est peut-être ce caractère pluriel, internationalisé et antiraciste de la Campagne BDS qui fait peur aujourd'hui à un gouvernement israélien dans lequel l'extrême droite tient plusieurs ministères, dont celui des affaires étrangères. Et qui explique le déferlement de dénégations et de mensonges à l'encontre d'une campagne internationale de boycott n'ayant qu'un seul objectif reconnu : l'application du droit.


    Signataires :
    Ivar Ekeland est ancien président de l'université Paris-Dauphine et président de l'Aurdip (Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine),

    Annick Coupé est porte-parole de Solidaires,

    Nahla Chahal est coordinatrice de la Campagne civile pour la protection du peuple palestinien,


    Michèle Sibony est co-présidente de l'Union juive française pour la paix,


    tous sont membres de la Campagne BDS France.

    Dominique Vidal : Boycott : la contre-offensive d’Israël et de ses amis - Le Monde Diplomatique, 22 février 2010

     

     Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils sont kasher ou qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet. A cet égard, je salue la détermination du parquet dans l’affaire de l’individu qui avait appelé au boycott de produits israéliens par voie d’affichettes dans un centre commercial de Mérignac (1. » Ainsi s’exprime Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d’Etat, ministre de la justice et garde des sceaux, le 18 février, dans son discours au dîner de l’antenne bordelaise du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

    L’« individu » qu’elle évoque s’appelle Sakina Arnaud. Membre de la Ligue des droits de l’homme, elle participe à la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS) dans sa région. Lui reprochant d’avoir apposé des autocollants sur des produits provenant de colonies israéliennes de Cisjordanie, le grand magasin Carrefour de Mérignac porte plainte contre elle pour « dégradation légère ». Le parquet requalifie toutefois la plainte en « incitation à la discrimination raciale, nationale et religieuse ». Sur cette nouvelle base, le tribunal de Bordeaux la condamne, le 13 février, à une amende pénale de 1 000 euros, plus 1 euro de dommages et intérêts pour les parties civiles (l’association Avocats sans frontières de Gilles-Wiliam Goldnadel, qui vient d’être élu à la direction du Conseil représentatif des institutions juives de France, et la Chambre de commerce France-Israël) et 500 euros de frais de justice. Carrefour, en revanche, est débouté !

    Que les autorités françaises aient voulu faire un exemple, nul n’en doute. Mais il y a fort à parier qu’elles n’en resteront pas là. D’ores et déjà, des militants d’autres villes sont convoqués au commissariat ou la Préfecture pour avoir participé à telle ou telle action BDS. Pourtant, le 20 mai 2009, dans une réponse au député Eric Raoult à l’Assemblée nationale, Mme Michèle Alliot-Marie assurait : « Depuis le début du conflit israélo-palestinien au mois de décembre 2008, plusieurs associations de défense de la cause palestinienne sont intervenues dans des grandes surfaces en appelant au boycott des produits en provenance d’Israël ou de pays supposés apporter une aide à ce pays (…). Ces opérations, il faut bien le préciser, touchent des produits importés d’Israël et non des produits casher. » (2)

    Le mouvement de solidarité aurait-il, entre-temps, changé d’orientation et de méthodes, pour s’en prendre aux produits, magasins et restaurants juifs observants ? Le ministère de l’intérieur n’a signalé aucune action de ce type. Et pour cause : l’antisémitisme et le racisme ont toujours été radicalement étrangers au mouvement français de solidarité avec la Palestine. Comment une ministre d’Etat peut-elle se contredire avec autant d’aplomb, pour proférer une contre-vérité reprise à son compte par le premier ministre lui-même (3) ? Et pourquoi cette tentative soudaine pour intimider et discréditer ceux qui dénoncent l’impunité d’Israël ?

    La réponse se trouve peut-être dans cet aveu récent de Daniel Shek, l’ambassadeur d’Israël en France : « Nous encourageons des organisations à porter plainte contre les organisateurs du boycott. Nous conduisons des activités politiques à l’ambassade en liaison directe avec des ministres, des organisations, des étudiants et des consommateurs, qui se réveillent  (4) ». Etrangement, cette intervention directe dans les affaires intérieures françaises n’a entraîné aucune réaction du Quai d’Orsay. On imagine comment ce dernier aurait réagi si la Déléguée générale de Palestine en France s’était targuée publiquement de se concerter avec des membres du gouvernement et des associations afin d’organiser le dépôt de plaintes contre l’importation en fraude de produits des colonies de Cisjordanie sous l’appellation frauduleuse made in Israël

    Mais l’ingérence de M. Daniel Shek trahit surtout l’affolement des dirigeants israéliens devant leur isolement croisant, avec l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies du rapport Goldstone (novembre 2009) et la ferme prise de position du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne sur Jérusalem (décembre), sans oublier le Dubaïgate (février 2010). Alors que la complicité de la « communauté internationale » conditionne plus que jamais la possibilité pour Israël de poursuivre sa politique anti-palestinienne, cette « série noire » a de quoi inquiéter MM. Benyamin Netanyahou, Avidgor Lieberman et Ehoud Barak.

    D’autant qu’une partie de l’opinion, choquée par le massacre de Gaza et lasse de l’impunité d’Israël, entre à son tour dans l’arène, pour faire pression sur les responsables économiques et politiques. Avec de premiers succès. Les gouvernements britannique et irlandais exigent d’Israël qu’il étiquette les produits des colonies. Veolia, à qui son implication dans le tramway de Jérusalem a fait perdre des marchés juteux, envisage de s’en retirer. La banque Dexia cesse de prêter aux colonies (sauf celles de Jérusalem). Le puissant Fonds souverain norvégien désinvestit d’une société chargée de l’électronique du mur. Le Fonds de pension danois PKA et la Danske Bank boycottent la colonisation. Sans parler des « petites victoires » remportées à la base : Nouvelles Frontières modifiant son site et son catalogue, Soda-Club écarté de la Fête des vendanges à Montmartre, etc.

    La contre-offensive juridique coordonnée par l’ambassade d’Israël avec des associations pro-israéliennes et l’appui des autorités françaises peut de surcroît se heurter à une contradiction juridique. Si le boycott d’Israël et de sa production en tant que tel tombe notamment sous le coup des articles 225-1 et 225-2 du Code pénal et de l’article 24, alinéa 8, de la loi du 29 juillet 1881, en revanche aucune loi ne réprime celui des produits de la colonisation israélienne. Au contraire, ces derniers sont directement visés par plusieurs textes européens et français :

    - l’Accord d’association Union européenne-Israël, qui, par son article 83, exclut les produits des colonies des avantages fiscaux dont jouissent ceux « du territoire israélien ». Autrement dit, ils doivent acquitter des taxes qu’ils fraudent en se présentant comme produits d’Israël. Dans son avis en date du 29 octobre 2009, l’avocat général de la Cour européenne de justice, précise que « le régime préférentiel en vertu de l’accord CEE-Israël ne peut être appliqué à un produit originaire de Cisjordanie et, plus généralement, des territoires occupés »  ;

    - le Code français du commerce, qui interdit la falsification des « règles d’origine » des produits (et donc la mention « made in Israël » au lieu de « made in Palestine » ou « made in Westbank », etc.) ;

    - la Directive européenne 2005/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2005 « relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs ». Cette directive est relayée dans le droit français par les articles L 121-1 et suivants du code de la consommation qui prévoient et répriment les pratiques commerciales trompeuses créant une confusion ou reposant sur des allégations ou présentations fausses ou de nature à induire le consommateur en erreur.

    Si la campagne BDS choisit de se concentrer sur les productions des colonies (5), elle peut donc s’appuyer sur la loi et porter ainsi un coup d’arrêt sérieux à la contre-offensive concoctée par Daniel Shek. A moins que Mme Alliot-Marie, qualifie le législateur (européen et français) d’« antisémite » et le poursuive comme tel…

    Dominique Vidal

    (1) « Michèle Alliot-Marie : “Ma présence parmi vous ce soir est l’occasion de réaffirmer la place de la communauté juive au sein de notre Nation” », crif.org.

    (2) Séance unique du mercredi 20 mai 2009, Assemblée nationale.

    (3) Au dernier dîner du CRIF, le 4 février 2010, M. François Fillon dénonçait les « scandaleux mouvements de boycott des produits casher ou israéliens ».

    (4) The Marker, Tel-Aviv, 27 janvier 2010.

    (5) Omar Barghouti, qui fut à l’initiative de la campagne et la coordonne du côté palestinien, précise dans un texte très récent : « La direction palestinienne collective du BDS a toujours pensé que les personnes et organisations de conscience qui soutiennent les droits humains connaissent le mieux leurs situations respectives et sont les plus capables de décider des moyens et des rythmes appropriés pour construire le mouvement BDS dans leur environnement. Quelquefois, viser tactiquement des produits faits seulement dans les colonies peut-être le meilleur moyen pour faire progresser une campagne » (« Boycott “Ariel” and the Rest ! All Israeli Academic Institutions are Complicit in Occupation and Apartheid », Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel).

    source: http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-02-22-Boycott-la-contre-offensive-d

     

     

    Udi Aloni : Pourquoi je soutiens les sanctions contre Israël

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    Udi Aloni – YnetNews

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    Udi Aloni Photo : Erez Erlichman

    Les actions du mouvement BDS veulent atteindre des objectifs de justice, de paix et d’égalité.

    Je trouve opportun que l’opinion israélienne soit informée de ce mouvement naissant en faveur du boycott, des désinvestissements et des sanctions contre Israël (BDS), qui se développe à un rythme stupéfiant.

    Après les articles du journaliste Sever Plocker, publiés étonnamment par le Yedioth Ahronoth, où il fait remarquer que BDS s’est étendu des sphères de la gauche radicale occidentale vers celles du centre bourgeois, je puis ajouter que ceci, désormais, est également vrai pour des juifs qui aiment Israël.

    De toute évidence, cette évolution intervient avec comme toile de fond, la guerre d’Israël contre Gaza déclenchée il y a un an, la publication du rapport Goldstone et les tensions locales dues à la politique d’apartheid appliquée par Israël, apartheid qui diffère sous certains aspects de celui de l’ancienne Afrique du Sud.

    Cette politique est de conception et de marque locales. Ce n’est pas seulement une Haute Cour de justice israélienne qui décide d’expulser de chez eux les Palestiniens de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-est, appliquant un « droit au retour pour les seuls juifs », alors que les Palestiniens, au contraire, se voient refuser ce droit.

    Il s’agit aussi du déni d’un droit pour les Palestiniens d’envoyer des policiers palestiniens commettre un « assassinat ciblé » sur le terroriste juif, Yaakof Teitel (il convient de préciser que nous sommes contre toute exécution extrajudiciaire), tandis que les assassins palestiniens présumés d’un rabbin juif en Samarie ont pu être exécutés extrajudiciairement, alors même que l’examen balistique de l’arme qui prouverait leur culpabilité a été effectué a posteriori et par les exécuteurs, au lieu de l’être par une cour de justice (l’instance compétente en l’espèce étant une cour internationale puisque la plupart des Palestiniens sont sûrs qu’au moins deux des trois exécutés n’avaient rien à voir avec le meurtre).

    J’évoque ces cas pour illustrer l’extrême inégalité dans notre vie commune, sur cette terre, et pour souligner les raisons poussant à l’émergence d’un mouvement populaire mondial en solidarité avec le peuple palestinien. Et, s’il vous plaît, ne vous mettez pas à protester et à psalmodier : « Le monde entier est contre nous, qu’importe, nous vaincrons ! », parce que nous ne vaincrons pas.

    Les violations des droits de l’homme citées plus haut constituent justement la raison pour laquelle beaucoup de juifs du monde entier ont rejoint la campagne BDS, une question clé pour ceux d’entre nous qui, à la fois, veulent empêcher toute violence contre Israël et s’opposent à sa politique arrogante et agressive contre les Palestiniens qui vivent sous sa domination.

    Une violence nécessaire

    Le directeur du département philosophie de la Nouvelle Ecole (à New-York) soutient que « la violence n’est jamais justifiée même si, parfois, elle est nécessaire ». Cette déclaration fait peser une lourde charge de culpabilité sur de nombreux mouvements de résistance à travers le monde, des mouvements qui furent contraints de recourir à la violence contre des forces occupantes.

    Quand les enfants du village palestinien de Bil’in, dont la terre est saisie au vu de tous par Israël qui invoque une « conduite légitime » et se sert de ses soldats puissamment armés des Forces de défense israéliennes, quand ces enfants lancent des pierres sur les soldats, les anciens du village leur disent : « Votre action de jeter des pierres est une résistance totalement justifiée, mais nous avons choisi la résistance non violente pour ce village, par conséquent la violence n’est pas nécessaire ici ». C’est par notre soutien à ce type d’actions non violentes qui se déroulent dans des endroits comme Bil’in, et suite aux actions vigoureuses, violentes des FDI contre les habitants de ces villages, que nous, militants israéliens, avons pris position en faveur du BDS.

    Quand l’Etat étouffe la résistance non violente, quoique efficace, d’une minorité de sans-droit avec des moyens violents et illicites, alors la résistance violente à ces forces armées qui renforcent cette répression est justifiée. En effet, une telle résistance peut ne pas toujours être nécessaire, peut ne pas toujours servir les objectifs de son combat et ses inconvénients peuvent l’emporter sur ses avantages, mais elle est toujours justifiée dans son principe.

    A fortiori, la résistance non violente dans de tels cas est également toujours justifiée, et aussi toujours nécessaire. Malheureusement, une telle résistance n’est pas toujours possible.

    Par conséquent, nous devons essayer de créer les conditions pour que germe une résistance non violente, afin de rendre la résistance violente superflue.

    La forme de pression dont l’efficacité est la mieux démontrée à notre connaissance est de loin le BDS. Ainsi, l’action BDS n’est en rien, comme beaucoup de propagandistes essaient de la présenter, une action négative, contreproductive. Bien au contraire, l’action BDS est un antidote de secours à la violence. C’est une action de solidarité, de partenariat, pour évoluer ensemble. L’action BDS sert à contrecarrer, de façon non violente, une résistance violente justifiée, avec les mêmes objectifs de justice, de paix et d’égalité.

    Si un grand nombre critique de citoyens israéliens privilégiés se joint à ce combat non violent depuis l’intérieur, se tenant au coude à coude avec les privés de droit, alors peut-être que la pression extérieure ne sera plus nécessaire. Les trois principes les plus fondamentaux de BDS sont :

    - un arrêt immédiat de l’occupation ;

    - la pleine égalité pour tous les citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël ;

    - la reconnaissance juridique et morale du droit au retour des réfugiés palestiniens.

    (Evidemment, la position de chaque communauté sera prise en considération pendant les négociations désirées).

    Aucun lobby de droite, pas même le lobby messianique évangélique, et aucun avocat de l’école d’Alan Dershowitz, sont capables de tenir tête longtemps à un mouvement populaire mondial qui veut voir une fin à notre conflit régional et la paix dans la région, dans le respect des principes du droit international, au profit des deux peuples.

    [http://www.ynetne" href="#nb1" name="nh1">1]

    traduction : JPP pour la CCIPPP

    source: http://www.protection-palestine.org/spip.php?article8278

     

    Udi Aloni – YnetNews

    [1] http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3829694,00.html->http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3829694,00.html]->[http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3829694,00.html->http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3829694,00.html

     

     

    Michèle Sibony: Un intolérable chantage - Politis - Janvier 2010

    En soutenant l’Union des patrons juifs de France, Brice Hortefeux cautionne l’extrême droite sioniste.

    Que l’Union des patrons juifs de France (UPJF), officine d’extrême droite sioniste, ait organisé le 13 décembre un colloque intitulé « Les ruses du nouvel antisémitisme contemporain : l’antisionisme » est en soi conforme à ce qu’elle est. Un des groupes communautaires affectés au soutien indéfectible d’Israël quoi qu’il fasse.

    Il s’agit d’obtenir « enfin » ce que le rapport Ruffin demandait déjà en 2004, la pénalisation de l’antisionisme, qui ne serait qu’une couverture perverse de l’antisémitisme. Cela pourrait donc n’être qu’un non-événement, si la composition du large « panel d’invités » n’était, elle, pour le moins inquiétante. Placé sous l’égide d’un invité d’honneur, le ministre Hortefeux, le colloque a réuni tout ce que le gotha intellectualo-médiatique rassemble de néoconservateurs et de promoteurs de l’islamophobie [1] autour de questions telles que : « Peut-on être antisioniste sans être antijuif ? » ou « La propagande antisioniste au plan mondial et ses conséquences ». Un panel de juristes incluant le bâtonnier de Paris et l’inévitable Gilles-William Goldnadel examinait quant à lui la question : « L’antisionisme est-il un délit ? »

    Mais, ce qui en fait un réel événement, c’est qu’au cours de ce « colloque » Brice Hortefeux a annoncé à la presse l’augmentation des actes antisémites en France (antisémites seulement !), déclaré que l’antisémitisme est le poison de la République (l’antisémitisme seulement !), et informé de la décision gouvernementale de nommer un préfet chargé de l’antisémitisme.

    Loin de nous l’idée de banaliser les manifestations de l’antisémitisme, pour autant que l’on ne mette pas sous cette étiquette tout et n’importe quoi. Mais qui peut nier que ce ne sont pas aujourd’hui les Juifs qui sont les plus menacés en France ? Ce ne sont pas eux qui subissent prioritairement le retour de lois et de pratiques que l’on peut comparer à celles de Vichy : discriminations dans le travail et le logement, centres de rétention, contrôles au faciès, refoulement à l’entrée des boîtes, stigmatisation de pratiques religieuses...

    La complicité d’une classe intellectuelle et médiatique avec la pire des politiques ultralibérales, qui pratique la chasse aux étrangers et l’islamophobie d’État, ne cache même plus son jeu. La participation d’élus de gauche à un tel rendez-vous est franchement désolante. (Le « sous réserve » devant certains noms comme celui de Bernard-Henri Lévy n’est pas sans faire sourire.) Effectivement, on ne dîne pas avec Brice Hortefeux pour parler antiracisme sans prendre de sérieux risques sur l’avenir. Ces choses-là ne s’oublient pas.

    La compromission scélérate de ce clan avec cette politique est de nature profondément réactionnaire, de même que l’objet du débat : la volonté d’œuvrer à la pénalisation de l’antisionisme emprunte des directions implicites qui méritent examen. Certes, il s’agit d’abord d’obliger l’opinion française à se taire sur le sort de la Palestine, sur l’étranglement et le découpage de la Cisjordanie, sur la colonisation qui ne s’arrête pas, sur les crimes de guerre à Gaza en 2008-2009.

    Mais ne nous y trompons pas, cette convergence est aussi poussée par l’inquiétude devant les premiers succès de l’appel au Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre cet Israël-là par les opinions mondiales, européenne et française en particulier. En effet, le boycott des produits israéliens, notamment issus des colonies, le désinvestissement d’entreprises liées à la colonisation, l’exigence de sanctions pour toutes les violations des droits humains et les crimes de guerre, cela ne peut que heurter ceux qui, comme l’UPJF, veulent à tout prix protéger Israël.

    Il faut donc imposer le silence sur l’écrasement de la Palestine  ; en parler n’est pas seulement antisioniste, c’est aussi antisémite. Il n’est pas question de permettre un soutien actif des Palestiniens, comme on a pu le faire pour les Sud-Africains lors de l’Apartheid  ; cela aussi, c’est antisémite. L’« être sioniste » qui se dessine en négatif est celui dont la volonté explicite est l’écrasement de la Palestine, en laissant à Israël les mains libres pour poursuivre son action de destruction jusqu’à l’achèvement. Une position qui ne peut que heurter des dizaines de milliers de Français d’origine juive qui, rejetant explicitement ou non le sionisme, refusent d’être embrigadés dans un programme aussi meurtrier et dans une conception de l’avenir d’Israël liée à l’éradication de la Palestine.

    À leur égard, la manœuvre politique est habile, qui commence par ne pas parler d’antisionisme mais à annoncer le doublement des actes antisémites dans l’année. Faire peur aux Juifs avec l’antisémitisme, ça marche toujours. Parce que cela empêche de penser : par exemple, comment se fait-il que l’UPJF comme le Crif, qui ne manquent jamais d’afficher leur soutien à « Tsahal » et à Israël, même pendant la tuerie de Gaza, n’en disent pas un mot ici ?

    Cette conception ne peut trouver écho non plus chez la grande majorité des citoyens français qui en ont assez de devoir se taire sur la Palestine sous peine de déclencher les foudres de leurs auditeurs, assez de la volonté politique officielle du « laisser faire Israël » tout en décernant hypocritement des prix des droits de l’homme aux victimes palestiniennes, pour se donner des allures équilibrées. Rappelons ici la misérable connivence avec le Crif du ministre des Affaires étrangères. Obligé de remettre un des cinq prix des droits humains attribués par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) au PNGO, la plateforme des ONG palestiniennes, Bernard Kouchner a décommandé la cérémonie des prix au Quai d’Orsay pour la délocaliser en catimini à l’Institut d’études politiques.

    Plus grossier encore, il a explicitement critiqué le PNGO pour sa participation à l’appel palestinien au BDS. Ainsi, à l’heure où le gouvernement pénalise le syndicalisme, pourchasse les réfugiés économiques et politiques et leurs enfants, criminalise la solidarité à leur égard, impose un débat sur l’identité nationale chargée de stigmatiser encore une fois les musulmans « non intégrables », les citoyens français, toutes origines confondues, seraient sommés de se taire sur les crimes israéliens.

    Accepter un tel chantage aurait un double prix : le sacrifice de la Palestine d’abord, mais aussi le développement d’une société profondément raciste et ségrégative à l’égard de ceux que le débat sur l’identité nationale exclut d’avance de ce « nous » républicain (européen) réduit à un « Occident judéo-chrétien ».

    * Michèle Sibony est co-présidente de l’Union juive française pour la paix.

    source:

    http://www.politis.fr/Un-intolerable-chantage,9123.html

     

     

     Neve Gordon dans le Los Angeles Times : Boycottez Israel

     

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    Un Israélien arrive à la conclusion douloureuse que c’est le seul moyen de sauver son pays.

     
    Cet été, les journaux israéliens sont pleins d’articles coléreux sur la montée d’un boycott international d’Israël. Des films ont été retirés de festivals israéliens du film, Leonard Cohen est sous un feu mondial contre sa décision de jouer à Tel Aviv, et Oxfam a rompu les liens avec une porte-parole célèbre, une actrice Britannique qui fait aussi l’article pour des cosmétiques produits dans les territoires occupés. Clairement, la campagne pour utiliser les tactiques qui ont aidé à abolir la pratique de l’Apartheid en Afrique du Sud attire beaucoup de gens dans le monde.



    Sans surprise, beaucoup d’Israéliens – même des pacifistes – n’y adhèrent pas. Un boycott international ne peut s’empêcher de porter des échos d’antisémitisme. Il pose aussi des questions sur un double standard (pourquoi ne pas boycotter la Chine pour ses violations évidentes des droits de l’homme ?) et sur l’attitude apparemment contradictoire d’approuver un boycott de sa propre nation.



    Il n’est effectivement pas facile pour moi, comme citoyen israélien, d’appeler les gouvernements étrangers, les autorités régionales, les mouvements sociaux internationaux, les organisations croyantes, les syndicats et les citoyens à suspendre la coopération avec Israël. Mais à présent, alors que je regarde mes deux garçons jouer dans la cour, je suis convaincu que c’est le seul moyen de sauver Israël de lui-même.



    Je dis ceci parce qu’Israël a atteint un carrefour historique, et les temps de crise appellent des mesures extraordinaires. Je dis ceci en tant que Juif qui a choisi d’élever ses enfants en Israël, qui a été un membre du camp de la paix israélien pendant près de 30 ans et qui est très angoissé sur le futur du pays.



    Etat d’Apartheid, c’est la façon la plus juste de décrire Israël aujourd’hui. Pendant plus de 42 ans, Israël a contrôlé le sol de la vallée du Jourdain à la Méditerranée. Dans cette région habitent environ 6 millions de Juifs et près de 5 millions de Palestiniens. De cela, 3,5 millions de Palestiniens et près d’un-demi million de Juifs vivent dans les zones occupées par Israël en 1967, et alors que ces deux groupes vivent dans la même région, ils sont pourtant soumis à deux systèmes légaux totalement différents. Les Palestiniens sont sans Etat et dépourvus des droits humains les plus élémentaires. Contraste aigu, tous les Juifs – qu’ils vivent dans les territoires occupés ou en Israël – sont des citoyens de l’Etat d’Israël.



    La question qui me tient éveillé la nuit, comme parent et comme citoyen, est comment assurer que mes deux enfants et les enfants de mes voisins Palestiniens ne grandissent pas dans un régime d’Apartheid.



    Il n’y a que deux manières morales d’y parvenir.



    La première est la solution par un Etat : offrir la citoyenneté à tous les Palestiniens et établir ainsi une démocratie binationale dans toute la région contrôlée par Israël. Vue la démographie, ceci reviendrait au décès d’Israël comme Etat juif ; pour la plupart des Israéliens, c’est l’anathème.



    La deuxième façon de finir notre Apartheid est par la solution par deux Etats, qui implique le retrait d’Israël sur ses frontières d’avant 1967 (avec des échanges de terres 1 pour 1 possibles), la division de Jérusalem, et une reconnaissance du droit palestinien au retour à la condition que seul un nombre limité des 4,5 millions de réfugiés Palestiniens seraient admis en Israël, alors que le reste pourrait revenir dans le nouvel Etat palestinien.



    Géographiquement, la solution par un Etat semble bien plus faisable parce que les Juifs et les Palestiniens sont déjà complètement emmêlés ; en vérité, « sur le terrain », la solution par un Etat (sous sa version d’Apartheid) est une réalité.
    Idéologiquement, la solution par deux Etats est plus réaliste parce que moins de 1% des Juifs, et une minorité des Palestiniens, soutiennent le binationalisme.





    Actuellement, malgré les difficultés concrètes, il est plus sensé de toucher aux réalités géographiques aux réalités idéologiques. Si dans le futur les deux peuples décident de partager un Etat, ils peuvent le faire, mais actuellement ce n’est pas une chose qu’ils veulent.



    Alors, si la solution par deux Etats est le moyen de stopper l ’Etat d’Apartheid, comment peut-on y parvenir ?
    Je suis convaincu que les pressions extérieures sont la seule réponse. Au cours des trois dernières décennies, le nombre des colons Juifs des territoires occupés a terriblement augmenté. Le mythe du Jérusalem unifié a conduit à la création d’une ville d’Apartheid où les Palestiniens ne sont pas citoyens et manquent des services de base. Le camp de la paix israélien s’est réduit progressivement si bien qu’à présent il est presque inexistant, et la politique israélienne va de plus en plus vers l’extrême droite.



    Pour moi, il est clair par conséquent que le seul moyen de contrer la tendance vers l’Apartheid est par une pression internationale massive. Les mots et les condamnations de l’administration Obama et de l’Union Européenne n’ont donné aucun résultat, pas même un gel de la colonisation, sans parler d’une décision de se retirer des territoires occupés.



    Par conséquent j‘ai décidé de soutenir le mouvement Boycott, Désinvestissements Sanctions lancé par des militants Palestiniens en juillet 2005, et qui a rassemblé depuis un large soutien autour du monde. L’objectif est de garantir qu’Israël respecte ses obligations sous la loi internationale et que les Palestiniens reçoivent le droit à l’auto-détermination.



    A Bilbao (Espagne) en 2008, une coalition d’organisations du monde entier a formulé la Campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions en 10 points destinée à faire pression sur Israël d’une façon « graduelle et à long terme, adaptée au contexte et aux moyens ». Par exemple, l’effort commence par les sanctions sur, et le désinvestissement, des firmes israéliennes qui opèrent dans les territoires occupés, suivies par des actions contre ceux qui aident à maintenir et à renforcer visiblement l’occupation. Sur des voies parallèles, les artistes venant en Israël pour attirer l’attention sur l’occupation sont bienvenus, ceux qui ne veulent que se montrer ne le sont pas.



    Rien d’autre n’a marché. Mettre une pression internationale massive sur Israël, c’est le seul moyen de garantir que la prochaine génération d’Israéliens et de Palestiniens – mes deux fils parmi eux – ne grandissent pas dans un régime d’Apartheid.


    Neve Gordon a publié « Israel’s Occupation” et enseigne la politique à l’Université Ben Gourion du Neguev (Naqab) à Beersheba (Bir As-Sab), Israël.

    Traduit par JPB pour la CCIPPP et le blog de la Campagne BDS France
    source :
    Par Neve Gordon Editorial d’opinion- Los Angeles Times 20 août 2009
    http://www.latimes.com/news/opinion/commentary/la-oe-gordon20-2009aug20,0,1126906.story

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    La campagne BDS : pourquoi ?

    • La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) a été lancée par la société civile palestinienne en 2005, suite à des dizaines d’années de lutte contre Israël et sa politique d’apartheid. Les Palestiniens font appel aux citoyens de conscience du monde, afin que prenne fin le plus long conflit de l’histoire récente, en leur demandant de boycotter tous les produits israéliens, mais aussi de pratiquer un boycott sportif, culturel et universitaire.
    • Ils nous demandent également de faire pression sur les entreprises étrangères, notamment européennes, afin qu’elles arrêtent leur collaboration avec cet Etat criminel.
    • Enfin, ils nous demandent de faire appliquer par nos Etats les sanctions qui auraient dû être appliquées depuis des dizaines d’années devant ce déni de droit intolérable. Il apparaît aujourd’hui que, loin des grands débats théoriques, la campagne BDS est une arme efficace pour faire plier Israël, d’autant que nous ne pouvons rien attendre de l’ONU ou de ce qu'il est convenu d'appeler "la communauté internationale".

     

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